Quand ma mbombo me parle — Find Your Way Back

Quand ma mbombo me parle — Find Your Way Back
En juin 2022. 😂

Je sors de chez le dentiste, 8 ans après avoir déserté les soins dentaires.

Peu après avoir quitté le lycée, j’ai eu une extraction de dents de sagesse sans anesthésie.
Oui, imaginez le calvaire.
Même après avoir accouché sans péridurale, cette douleur reste incomparable.

Mais cette fois-ci, j’ai vécu une autre histoire.
Du moins, j’ai retrouvé l’expérience que j’ai majoritairement eue chez le dentiste : humaine, empathique, un moment presque drôle.

Je viens à peine de me réconcilier avec la profession, et je sais que ça ira mieux à l’avenir.

Pourtant, ça a déclenché une émotion que je n’arrive pas à nommer.


Ça m’a rappelé l’une des dernières conversations que j’ai eues avec ma feu grand-mère.

J’avais dû manquer l’un de ses appels.
En lui expliquant la raison, elle ne m’a jamais remise en question, ni blâmée.
Elle a tout de suite fait preuve d’empathie.

Mais ce n’était pas exceptionnel.
C’était une réponse constante.

Et c’est là que j’ai commencé à vraiment pleurer à chaudes larmes.

Comme j’étais en train de marcher en plein midi à Cotonou, j’ai feint d’avoir quelque chose dans l’œil et j’ai essuyé mes yeux.

Puis j’ai mis mes écouteurs en mode aléatoire, pour qu’Apple Music fasse son travail et me mette des chansons qui m’apaisent.

Il m’a suggéré tout de suite l’incroyable chanson de Beyoncé — Find Your Way Back.

Et là… c’était fini pour moi.

Je devais extérioriser mes émotions.

Je ne pouvais plus retenir mes larmes.

Ça reste difficile.
Et honnêtement, je suis encore dans le déni de sa mort.


Ça fait seulement 6 mois qu’elle est décédée.
C’était le 20 décembre 2025.

Cette chanson résume ma relation avec ma grand-mère.

Le fameux “Find your way back”, selon moi, signifie que je me dois de trouver le chemin pour revenir à moi-même.

Peu importe ce que je vis, que je n’oublie jamais d’où je viens et ce qui fait ma force.

Daddy used to teach me all my moves
Run around, 'round, had to tie my shoes
Itty bitty child with a smile like you
Wild, wild child look a lot like you

Ma grand-mère est le parent avec lequel j’ai passé le plus de temps dans mon enfance.

Mon père vivait à Bertoua, dans une zone où l’accès routier est enclavé.
Je n’ai que de bons souvenirs. Juste trop lointains.

Il est mort en 2022, le jour où j’ai fait ma première échographie pour ma grossesse.

J’étais déjà dévastée, mais au moins, à lui, je lui avais dit au revoir face à face.

Ma mère est toujours vivante.
Juste ultra défaillante, pour rester polie.

Celle qui a toujours été mon pilier, c’était ma mbombo.

C’est elle qui était venue me chercher chez mon père quand ma belle-mère me maltraitait à 4-5 ans.

C’est avec elle que je prenais les taxis moto sous le soleil brûlant de Belabo, puis Douala, puis Edéa.

C’est elle qui me faisait mes plats préférés à tous mes anniversaires jusqu’à mes 11 ans.


Daddy used to take my hand, say "follow me"

C’est elle qui m’a expliqué ce qu’est avoir ses règles.

C’est elle qui m’a appris à faire des crêpes, mon premier “plat” officiel et dessert préféré à ce jour.

C’est elle qui m’a appris comment le regard des hommes change quand on atteint la puberté.

Daddy used to leave me back home all the time.

C’est elle qui a accepté que je ne sois pas une fervente catholique comme elle, sans me dominer et en respectant mon avis d’enfant de 8 ans.

C’est elle qui m’encourageait à passer de 14–16/20 en français à 18/20 sans jamais me faire sentir que je n’étais pas assez.

C’est elle qui faisait semblant de ne pas constater que je volais des pièces dans son porte-monnaie.

C’est elle qui veillait à ce qu’un potentiel prédateur masculin ne m’approche pas de trop près.

C’est elle qui me consolait au téléphone quand je me faisais harceler au collège.

C’est elle qui pleurait de joie en me voyant rentrer au pays en 2019.

C’est elle qui était toujours ravie que je lui ramène un cadeau, sans jamais bouder quand je n’en avais pas, ni jamais réclamer.

C’est elle qui me conseillait inlassablement, même quand elle savait que je n’en ferais qu’à ma tête.

Bon il suffisait juste qu’elle chante aussi bien que Charlotte Dipanda dans Longue , peut-etre que ça aurait mieux fonctionné.

Don't let this world drive you crazy

C’est elle que j’ai appelée en premier quand l’ASE a injustement retiré mon enfant de mon autorité.
Mais aussi la première que j’ai appelée quand l’affaire a été résolue.

C’est elle qui a fait un rituel de protection ancestrale lorsqu’elle a vu ma fille.

C’est elle qui s’assurait toujours que j’arrive d’un point à un autre dans chacun de mes déplacements au Cameroun.

C’est elle qui me gardait toujours en prières.

Big big world, but you got it, baby

C’est elle qui a toujours soutenu chacune de mes aventures professionnelles, même quand elle ne comprenait pas.

C’est elle qui m’a appris qu’il vaut toujours mieux garder sa dignité, même quand les gens veulent t’humilier ou te l’enlever.

C’est elle qui m’a appris à ignorer les critiques des gens et continuer mon chemin.

C’est elle qui m’a appris que l’amour d’un homme peut à la fois t’élever mais te dévaster, mais qu’à la fin, le plus important, c’est de ne jamais m’oublier.

Le tout sans animosité.
Juste en partageant son expérience tragique et sa sagesse.


Daddy used to tell me, "Look up at the stars
It's been a long time, but remember who you are
Find your way back, don't let this life drive you crazy
Find your way back, come back home 'fore the street lights on
Find your way back, find your way back"

Grâce à sa bienveillance, son amour inconditionnel, je me retrouvais toujours.

Quand j’errais dans Paris, à la recherche d’un toit pour la nuit, c’est sa voix que j’entendais quand je refusais les alléchantes propositions de proxénètes.

Pas juste par dignité, mais parce que je savais que ce n’était pas pour moi.

C’est sa voix, à chaque fois, qui m’empêchait de sombrer dans ma tristesse et dans le désespoir.

C’est elle qui m’a appris, a ses dépens, de ne pas porter des affaires qui ne sont pas les miennes.

C’est elle qui a célébré mes premiers revenus YouTube.

C’est elle qui m’a toujours encouragée à dire ce que je pense, n’en déplaise.

Elle m’a souvent dit que ma voix pouvait me sauver la vie.

Pas plus, mais pas moins.

Je savais qu’au moins, j’avais toujours une personne au monde qui serait de mon côté.

Daddy used to teach me all my moves

C’est elle qui m’a appris que célébrer et soutenir d’autres femmes n’était pas un danger, mais une grâce.

C’est elle qui m’a appris ce qu’est être aimée, respectée, challengée, mais acceptée.

Come back home before the street lights on
On a marathon, told me run my race

Et pour ces leçons, je la remercie éternellement.


Circle of life, but one day, I might not make it
Circle of life, but one day, I might not make it

Effectivement, elle est partie.

Je ne la verrai plus jamais.

Et je suis encore endeuillée.
Souffrante.

Je me sens seule au monde pour la première fois de ma vie.

Et pourtant, je n’ai pas l’impression qu’elle n’est plus avec moi.

Come back home before the street lights on
On a marathon, told me run my race

Et pour ces leçons, je la remercie éternellement.

Parce que c’est ça, au fond, qu’elle m’a appris.

Elle ne m’a pas appris la sprint, ni la précipitation mais la démonstration.

Le marathon.

Celui qui ne se voit pas. L’effort discret mais qui se tient quand tout le monde abandonne.
Celui qui ne séduit pas tout de suite, mais qui construit.

Aujourd’hui, je le vis.

Dans mes études et mes acquisitions de diplômes

Dans mes chaînes Youtube.
Dans mon travail d’astrologue et dans mon business.

C’est lent et plutot discret.
Ça ne ressemble pas à ce que font les autres.

Mais en réalité on ne joue même pas dans le même championnat.

Eux consolent, dorlotent, mythologisent.
Moi, je démystifie.
J’apprends à réfléchir.
Je donne une force réelle.

Même si ça résiste.
Même si ça ne se voit pas encore.

Elle aussi, elle a appris ça.

Elle avait choisi mon grand-père à 21 ans.
Un homme violent, misogyne, mais aisé et charmant.

Elle aurait pu choisir son amour de jeunesse.
Plus modeste mais plus aimant.

Elle ne l’a pas fait.

Contre l’avis de mon arrière-grand-mère. (Autre sacrée dame !)

 Mais quand ça a vacillé, elle n’a pas fait l’orgueilleuse.

Elle est revenue à sa mère et progressivement à elle-même.

Elle a demandé pardon à sa manière:elle s’en est occupée dignement jusqu’à sa mort.

Elle ne brillait sur les bancs de l’école mais dans sa vie endurcie; en tenant debout face à la déchéance de statut social de jeune veuve de 39 ans  non protégée.

Elle a fait face au mépris et la violence de sa belle famille… Du pays en lui-même avec grâce.

Avec le temps, le marathon a fini par être plus séduisant.

Parce qu’il était plus paisible.

Elle ne s’est jamais remariée.

Mais elle n’a jamais été moins aimée.

Au contraire.

Grand-père Justin (son seul amant que j’ai connu) l’a aimé : j’en ai été témoin.

Elle a juste choisi sa paix.
Sa tranquillité.

Circle of life, but one day, I might not make it
Circle of life, but one day, I might not make it

Effectivement, elle est partie.

Ma grande-mère et ma cousine directe

Je ne la verrai plus jamais.

Et je suis encore endeuillée.
Souffrante.

Je me sens seule au monde pour la première fois de ma vie.

Et pourtant, quand j’écoute Reverence de Richard Bona,
je comprends quelque chose que je n’arrivais pas à formuler.

Il n’y a pas de mots.
Juste une profondeur.

Une présence.

Une mémoire qui ne passe pas par la tête,
mais par le corps.

Et dans ces moments-là…

Je replonge.

Je réfléchis.
Je pleure.
Je me souviens.

 Et je comprends qu’elle n’est pas partie comme on le croit.

Parce que tout ce que je suis en train de devenir,
tout ce que je refuse,
tout ce que je tiens…
porte encore sa trace.

Alors non.

Je ne suis pas encore revenue à la maison.

Mais je cours à mon rythme sur mon marathon.

Et je sais exactement d’où je reviens.