Ep 2: Chroniques d'une astrologque fatiguée

Ep 2: Chroniques d'une astrologque fatiguée

Sous peu, je commence enfin ce que je repoussais chez le dentiste. 

LES SOINS LOURDS

Ce qui, pour une personne normale, est déjà pénible.

Mais pour moi ?

C’est un événement psychologique, spirituel et administratif majeur.

Donc une semaine avant, je préviens littéralement toute la planète :

- mes clientes,

- mes voisins,

- mon entourage,

- probablement les ancêtres aussi à ce stade.

Bref, Le matin arrive.

Je me prépare comme une femme qui part à la guerre mais avec du gloss.

Parce qu’il faut souffrir avec dignité.

Je prends mon taxi.

Je traverse Cotonou avec l’impression qu’on m’emmène vers mon destin final.

Et là: Le cabinet.

Salle d’attente pleine.

Visage de béninois très sérieux

Personne n’a mon âge donc personne ne va rire avec moi ici.

Mais heureusement, il y a David.

Mon dentiste.

Toujours souriant

Le seul homme actuellement capable de me dire :

"ouvrez grand"

sans déclencher instantanément ma colère féministe.

Le gars est tellement calme, doux et rassurant que je suis à deux doigts de lui confier :

- mes molaires,

- mes impôts,

- ma fatigue mentale,

- et la gestion RH de ma vie.

Il disparaît un instant.. puis l’une de ses sécrétaires (oui c’est une star de la dent ici)  apparaît et me demande de la suivre.

Et là.

Une autre femme arrive.

Blouse blanche.

Énergie militaire.

Regard de surveillante de prison.

Elle me regarde comme si j’étais personnellement responsable de l’état de mes dents.

Puis elle lâche :

“Il y a 8 dents à dévitaliser.”

PARDON ?

Huit

À ce stade ce n’est plus une bouche.

C’est une friche industrielle.

Ensuite elle me demande :

“On commence par quel côté ?”

M'dam!

C’est justement la question que VOUS êtes censée résoudre.

Moi je suis juste l’hôte des bactéries.

Puis elle disparaît quelques minutes.

Et là je commence à sentir mon instinct féminin me murmurer :

“Cette femme va te faire vivre une expérience spirituelle négative.”

David étant occupé, elle commence les soins.

Et immédiatement : ça ne va pas.

Ses gestes brusques.

Elle soupire quand je plisse les yeux 

Elle est très tendue et impatiente.

Elle n’a pas une trace de douceur en elle.

Elle manipule la seringue d’anesthésie devant mon visage comme si elle mélangeait une sauce tomate.

Plusieurs fois elle me pique la lèvre.

Moi intérieurement :

“Madame… mes yeux sont juste AU-DESSUS.”

L’anesthésie commence.

Mais je sens encore :

- le froid,

- les mouvements,

- les pressions,

- les trucs métalliques sataniques.

Je lui dis : « J’ai mal »

Elle continue.

Je redis : « J’ai très mal » et je pleure un peu ..

Elle souffle comme si je perturbais sa mission humanitaire.

Et reprends et d’un geste brusque elle me remet à ma position.

Evidemment je me dégae à me met à sanglotter.

Je fais une vraie crise de panique et de larmes

[la dernière remontait au 21 décembre 2025: quand j’ai appris la mort de ma grande-mère]

Puis , tout d’un coup le français disparaît.

Elle se met à parler en Fon 

(Langue nationale du Bénin)

Donc oui je ne capte pas « les mots »

Mais je ressens ce qu’elle dit.

Puis à un moment elle sort :

« Je suis pas magicienne hein. »

Alors déjà : personne n’a demandé Harry Potter. On veut juste un minimum de tendresse dentaire.

Ensuite elle commence à rire avec un collègue parce que j’ai dit avoir mal « à la couronne ».

Moi je suis couchée là, anesthésiée, vulnérable, essayant de toutes mes forces de vaincre un traumatisme dentaire ultra violent de près d'une décennie..

En train de me demander si je vais survivre émotionnellement.

Et eux rigolent.

Là quelque chose se brise dans mon âme.

Je me lève brusquement.

ENOUGH IS ENOUGH! 

Je pleure.

Je prends mes affaires.

Et je quitte littéralement la salle en courant.

Oui.

Comme dans une télénovela médicale africaine.

Je me retrouve dehors à moitié en larmes devant le cabinet pendant que les secrétaires m’appellent 8 fois.

Je rejette tous les appels comme une diva traumatisée.

Puis une dame âgée s’approche doucement de moi et murmure :

« Remets toutes tes douleurs entre les mains du Seigneur… »

Et moi intérieurement :

“Mais tata… Dieu n’a actuellement rien à voir avec cette seringue.”

Mais bon.

Je hoche la tête avec respect.

Parce qu’elle avait l’énergie exacte d’une grand-mère catholique sortie tout droit d’un village mystique.

Ma grande-mère récemment décédée quoi. 

Elle ne l’aurait pas dit à ce moment. Mais elle aurait sorti une blague folle la connaissant. Elle n'aurait pas pu résister à la tentation

Au bout de 10min de crise réelle, et, de conversation avec CHATGPT ( ben oui mes amies humains travaillent à 9h du matin un lundi…) , je décide finalement de revenir.

Mais hors de question de retourner avec la dame.

Je demande aux sécrétaires calmement :

« Je veux parler directement au médecin. »

Toute la salle d’attente se retourne sur moi. Je ressens le silence pensant.

En même temps je les comprends.. 

Dix minutes plus tôt, ils m’avaient tous vu sortir en sanglotant et là ils me revoit hyper calme.

Magnifique!

Je vais donc attendre dehors, seule, comme une héroïne fatiguée dans un film d’auteur tropical.

Puis David apparaît enfin.

J’appréhendais un peu sa réaction. Après tout, c’est son nom sur la plaque dehors… et je ne lui avais pas fait un branding super flatteur là...

Mais devinez quoi ?

Il etait calme.

Le regard interrogateur, ouvert

Un pro quoi.

Presque paternel..

Il n’égait pas surpris DU TOUT.

Ce qui m’inquiète légèrement sur la réputation de sa collègue.

Il demande stoiquement :

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

Je réponds calmement et droit dans les

« Votre collègue est très brusque. »

Il hoche simplement la tête avec un petit sourire du style :

“Oui. Nous savons.”

Puis il reprend lui-même le soin.

Et immédiatement : PLUS AUCUNE agressivité.

Le contraste est tellement violent que j’ai envie de pleurer une deuxième fois… mais avec élégance cette fois.

Il termine doucement.

Pose le pansement.

Puis il touche légèrement mon avant-bras et dit :

“Je vais m’occuper de vous. Vous allez aller mieux bientôt.”

Monsieur.

Ce genre de phrase prononcée correctement à une femme épuisée sous antibiotiques devrait être réglementé par l’État.

Je sors du cabinet émotionnellement stabilisée à 31%.

Mais l’univers refuse de me laisser tranquille.

Et la journée ne faisait que commencer.


Je rentre finalement chez moi.

Je suis vivante enfin! .

Psychologiquement mutilée mais vivante.

La pluie commence à tomber alors qu’il y’ a encore du soleil.
Ce qui résume parfaitement ma stabilité mentale actuelle.

Je mets du RnB immédiatement.

Parce qu’à ce stade, la musique n’est plus un divertissement.
C’est un dispositif médical.

Je lance des chansons de Chanté Moore, Eric Benét, Perle Lama, Jill Scott, …
Bref : playlist officielle de femme fatiguée mais encore légèrement séduisante sous antibiotiques.

Je décide ensuite de me faire des œufs à la coque.

Choix raisonnable :

  • mou,
  • chaud,
  • facile à manger avec une mâchoire détruite.

Sauf que pendant ce temps-là, je vais étendre le linge dehors.

Et là : pluie béninoise surprise.

En plein soleil!!! 

Le ciel décide maintenant  de me gaslight.

Je cours récupérer les vêtements.
Je reviens.

Les œufs ? CARBONISÉS.

Magnifique ! 

Je mange quand même parce que je suis pauvre nerveusement.

Ensuite je m’allonge « juste 20 minutes ».

Erreur stratégique.

Je me réveille 2h30 plus tard avec :

  • la tête qui tourne,
  • une bouche encore semi-anesthésiée,
  • des migraines,
  • et l’impression que mon cerveau fonctionne sous Windows Vista.

Je commence alors à raconter ma matinée à plusieurs Béninois autour de moi.

Réactions générales :
HORREUR.

Tout le monde est choqué.
« Mais elle est folle cette dame. »
« Pourquoi elle t’a parlé comme ça ? »
« Pourquoi elle continue si tu as mal ? »
Puis je précise :
« Ce n’était pas David. C’était sa collègue. »

Et là: Soulagement national. 

Comme si j’avais annoncé :
“Non non, ce n’était pas Keanu Reeves qui m’a écrasée avec un scooter. C’était juste son cousin mal élevé.”

Le soir arrive.

Je dois encore :

  • répondre à mes clientes,
  • modifier des modules,
  • envoyer des mails,
  • travailler,
  • réfléchir,
  • exister.

Sachant que : je parle pour gagner ma vie.

Et que ma mâchoire me donne l’impression d’avoir mâché du béton armé pendant 14h.

Je mange lentement.
Très lentement.

Et pendant ce temps-là :
Odalie produit des attaques biologiques régulières dans toute la pièce.

Pets.
Caca.
Crises.
Bouteilles renversées.
Énergie gobeline maximale.

Moi je suis là :
migraineuse,
affaiblie,
avec Perle Lama version Remix qui chante dans ma tête :
“EMMÈNE-MOI AVEC TOI AU NIGERIIIIIAAAAA”

Et honnêtement ?
À ce stade j’étais prête.

Même sans valise.
Même sans plan.
Même sans stabilité émotionnelle.

Puis le SEUL avantage d’être maman solo et isolée c’est que t’as pas à consulter quelqu’un pour faire le mondre mouvement. 

Je peux littéralement payer quelqu’un pour garder ma fille 3 jours une semaine et m’envoyer au désert ou sur une île lointaine. 

La petite est en PRÉ-MATERNELLE. Elle est loin de passer son bac …

Puis arrive minuit.

Le vrai plot twist.

Odalie commence à grogner dans son sommeil.

Je la touche.

BRÛLANTE.

Genre : température « petit démon de lave ».

Elle tremble un peu.
Grogne.
Refuse de dormir correctement.

Et moi immédiatement :
panique maternelle intégrale.

Je regarde autour de moi.

Aucun médicament bébé.

Bien sûr.

Parce que sinon ce serait trop simple.

Je commence alors à imaginer :

  • les urgences,
  • les convulsions,
  • les scénarios catastrophes,
  • ma propre mort probablement.

Et dans cet état de détresse absolue…

Qui apparaît immédiatement dans mon esprit ?

Pas les urgences.
Pas le SAMU.
Pas un médecin.

Non.
“KEANU Airbnb”.

Le gars est actuellement au Nigeria.
Porté disparu émotionnellement depuis plusieurs heures.
Alors que la veille il était doux, rassurant, disponible, presque romantique.

Même le matin il m’avait écrit pile quand j’étais arrivée chez le dentiste.

Timing impeccable.

Puis : SILENCE RADIO.

Et là à minuit passé, dans ma panique hormonale tropicale, je l’appelle.

Pas de réponse.

Je lui écris ensuite un message catastrophique du style :
« Odalie est brûlante de fièvre je panique »

Puis soudain…

Révélation.

SON ONCLE VIT À 10 MÈTRES DE MOI ET A UNE VOITURE.

Donc pendant plusieurs minutes, mon cerveau épuisé a préféré contacter un homme actuellement au Nigeria plutôt qu’un adulte disponible littéralement derrière le portail.

L’amour rend stupide.
La fatigue termine le travail.

Heureusement son oncle finit par répondre.

Il touche Odalie.
Et immédiatement il fait :
« Oula. »

Ce qui ne rassure ABSOLUMENT personne.

Il part chercher un médicament à la pharmacie de garde pendant que moi j’attends comme une héroïne de série médicale africaine fauchée.

Finalement : sirop trouvé.

Mais évidemment…

ODALIE REFUSE LE SIROP.

Normal.

Pourquoi collaborer quand on peut transformer sa mère en prisonnière psychologique ?

Elle tourne la tête.
Crache.
Hurle.
Se débat.

Moi à bout de forces, je finis par :

  • lui ouvrir la bouche comme un vétérinaire fatigué,
  • enfoncer le sirop,
  • la coller contre mon sein pour éviter qu’elle recrache tout.

Trahison suprême :
ELLE ME MORD.

Oui.

Ma propre descendance.
Mon héritière.
Mon sang.

Me mord pour protester contre un médicament anti-fièvre.

Je regarde le plafond.
Je vois littéralement mon âme quitter mon corps.


Puis enfin,vers 2h du matin : la fièvre commence à redescendre.

Odalie s’endort.

Et se met même à ronfler paisiblement.

Comme un petit patron de PME après une longue journée.

Et moi ?

Je suis réveillée.
Épuisée.
Sous antibiotiques.
Affamée.
Émotionnellement détruite.

Et évidemment :

IL N’Y A RIEN À MANGER.

2h47 du matin.

Je suis allongée dans le noir.

Sous antibiotiques.

Affamée.

Déshydratée émotionnellement.

Ma fille ronfle à côté de moi après avoir tenté de mourir de fièvre à minuit puis de me mordre le sein comme vengeance pharmacologique.

Silence.

Puis.

LE NIGÉRIAN RÉAPPARAÎT.

 (Bon il est béninois, mais vous captez)

Audio WhatsApp. 6 secondes.

La voix est claire.

Stable.

Consciente.

Mon cerveau immédiatement :

📈

Analyse instantanée :

  • il est réveillé,
  • probablement en voiture,
  • probablement sur la route du retour,
  • probablement concentré,
  • probablement beau sous les lumières des phares.

Aucune preuve de tout ça évidemment.

Mais mon système nerveux est désormais nourri exclusivement au RnB et aux projections cinématographiques.

L’homme explique juste :

« Je peux pas appeler là. Y’a un problème ? »

Moi immédiatement :

autobiographie complète.

Je résume :

  • bébé en fusion nucléaire,
  • urgence nocturne,
  • dentiste démoniaque,
  • fatigue,
  • souffrance,
  • faiblesse,
  • chaos psychologique.

J’oublie un détail important :

JE MEURS DE FAIM.

Parce qu’apparemment mon cerveau considère :

« famine personnelle »

comme secondaire derrière :

« survie infantile et douleur molaire. »

Il répond calmement.

Toujours en voiture.

Toujours vivant.

Pas kidnappé par Boko haram..

Toujours émotionnellement régulé contrairement à moi qui suis à deux émotions d’épouser un lampadaire.

Puis il demande :

« Elle va mieux du coup Odalie ? »

Il a retenu le prénom de ma fille…

Mon cœur malheureusement :

🥹

Je réponds dignement pendant que mon estomac joue du djembé contre mes organes internes.

Puis je finis par avouer :

« Je gère mal. J’ai à peine mangé. Et maintenant je crève de faim. »

Silence.

3h du matin.

Je regarde mon appartement.

Inventaire alimentaire :

  • ail,
  • oignons,
  • mayonnaise,
  • sucre,
  • eau fraîche,
  • regrets.

Même les souris hypothétiques auraient quitté les lieux.

Je commence alors un débat philosophique intérieur :

« Est-ce raisonnable de commander un chawarma à 5000 francs CFA à 3h du matin alors que ma vie entière ressemble déjà à un mauvais spin-off Netflix africain sous antibiotiques ? »

Mon estomac répond immédiatement :

« OUI. »

Je cède.

Commande passée.

3h10.

Et là.

NOUVELLE ÉPREUVE.

« EN ATTENTE D’ACCEPTATION PAR LE MARCHAND »

Je fixe l’écran comme si ma survie dépendait d’un homme inconnu dans une cuisine grasse de Cotonou.

Ce qui est techniquement vrai.

Je bois de l’eau.

Je remets :

  • ma faim,
  • ma mâchoire,
  • ma santé mentale,
  • et mon chawarma

entre les mains de Dieu.

Pendant ce temps-là , mon nigérian préféré roule probablement dans la nuit.

Concentré.

Vigilant.

À deux doigts de renverser une chèvre ou un Zem distrait.

La musique sûrement à fond.

Pendant que moi je suis dans mon lit à murmurer :

« Il me nourrit autrement… »

Mon estomac immédiatement :

Magnifique gigi !! Maintenant où est le poulet ?!

Le chawarma n’arrivera jamais.

Et honnêtement ?

Vu l’état de mon estomac sous antibiotiques, c’est probablement une intervention divine.

Je finis donc par m’endormir avec :

  • la faim,
  • la climatisation,
  • mon anxiété,

et Keanu Airbnb quelque part sur une route nigériane imaginaire dans ma tête.


Réveil brutal quelques heures plus tard.

Mais contre toute attente :

je me sens… reposée.

Pas heureuse hein.

Il ne faut pas exagérer.

Mais fonctionnelle.

Ce qui est déjà énorme.

Je dépose donc Odalie à l’école.

Première inauguration officielle.

Petite robe. Petit sac.

Énergie de PDG miniature. 

Elle voit ses amis et elle s'illumine.

Et moi derrière :

fatiguée, émotionnellement en ruine, mais coiffée.

Parce qu’on peut sombrer psychologiquement tout en restant présentable.

Le féminisme moderne est complexe.

Puis survient un miracle béninois.

GOZEM FONCTIONNE.

Pas :fonctionne approximativement. » Non.

FONCTIONNE BIEN.

Le chauffeur arrive rapidement.

Chemise propre.

Souriant.

Calme.

Et surtout : IL NE ME TRANSFORME PAS EN GPS HUMAIN.

À Cotonou, c’est extrêmement rare.

D’habitude les chauffeurs te demandent :

  • où tourner,
  • où respirer,
  • où exister,
  • où se situe exactement ta propre maison.

Alors qu’ils ont littéralement une application GPS sous les yeux.

Mais lui non.

Lui conduit avec autonomie.

Comme un adulte.

Je suis à deux doigts de lui proposer le mariage administratif.

Je lui promets même de demander à Gozem une sixième étoile inexistante tellement je suis reconnaissante.

Ensuite :direction marché.

Mission : acheter des bananes.

Ce qui paraît simple.

Erreur.

Car ici, il existe un phénomène très précis : l’inflation faciale

En gros :

si ton visage dit

« elle n’est pas d’ici »

les prix augmentent mystérieusement.

La vieille dame me regarde donc avec l’énergie exacte d’une commerçante qui croit avoir trouvé une Française égarée sponsorisée par Emmanuel Macron.

Elle annonce un prix.

Je refuse. Elle insiste.

Je contre-attaque.

Le chauffeur devient alors :

  • traducteur,
  • médiateur,
  • diplomate de crise CEDEAO.

Personne ne lâche.

Nous sommes littéralement dans :

« Bananas Negotiation Summit 2026. »

Finalement, ELLE CRAQUE.

J’obtiens le vrai prix béninois.

Victoire nationale.

Je rentre ensuite à l’appartement.

Je mange.

Toujours aucune nouvelle de Kéanu.

Ce qui commence à transformer mon cerveau en laboratoire clandestin de théories absurdes.

Mais contre toute attente :

Le reste de la journée avance plutôt bien.

Je travaille. Je respire. Je me repose.

L’oncle de Kéanu me soulage même avec quelques trajets.

Franchement ? Tout devient presque stable.

Ce qui signifie évidemment que l’univers prépare quelque chose.


20h.

Je suis dans la douche.

En train de faire ce que toute femme fatiguée fait parfois sous eau chaude : pleurer discrètement comme une héroïne HBO africaine.

Oui. JE SUIS ORPHELINE DE GRANDE-MÈRE. 

Je n’ai personne de confiance de ma famille à qui raconter ET célébrer mes premiers succès d’astrologue.

😭

Pendant ce temps-là : Odalie hurle dans le salon.

Il faut :

  • nettoyer,
  • changer la couche,
  • mettre de la crème,
  • protéger le matelas,
  • gérer les odeurs,
  • empêcher une catastrophe biologique.

Bref : la maternité glamour.


Et là: ON FRAPPE À MA PORTE.

Une inconnue.

Qui demande à me parler.

Je réponds à moitié nue et émotionnellement humide :

« Je suis occupée»

Et cette femme me dit tranquillement :

« Je peux attendre. »

Maam.

Personne de psychologiquement stable n’attend 30 minutes devant la porte d’un Airbnb à 20h.

Mon instinct immédiatement : Mais avec le chaos ambiant, elle finit par partir.

Quelques minutes plus tard, l’oncle de Kéanu m’annonce calmement :

« Ah oui c’était la dame qui avait réservé cet appartement. »

PARDON ?

Excusez-moi ?

COMMENT ÇA « SON appartement »???

Mon cerveau sous antibiotiques bug immédiatement.

Et là j’apprends toute l’histoire.

En gros : quand je suis arrivée, Kéanu m’a trouvé trop à l’étroit dans mon premier logement.

Donc monsieur avait improvisé un upgrade Airbnb premium pour me faire plaisir.

Ce qui était adorable.

SAUF QU’IL A OUBLIÉ UN DÉTAIL LÉGER : prévenir la locataire qui avait déjà payé

Apparemment il devait déléguer ça :

  • à sa tante,
  • à son oncle,
  • à quelqu’un,
  • probablement à l’Esprit Saint à ce stade.

Mais comme monsieur est parti en voyage… PERSONNE N’A GÉRÉ.

Résultat : la dame débarque à ma porte et découvre une inconnue déjà installée dans SON logement.

Moi immédiatement :

honte.

Malaise.

Fatigue.

Colère.

Je suis sous antibiotiques.

J’ai dormi deux heures.

Ma fille menace chaque tissu propre de l’appartement.

Et maintenant je suis involontairement au centre d’un conflit immobilier béninois.

Magnifique! 

J’appelle Kéanu immédiatement.

Ton GLACIAL.

Je supprime en parallèle tous les messages flirt que je lui avais envoyés auparavant.

Parce qu’à cet instant : OPÉRATION DECENTER MEN ACTIVÉ

Terminé les fantasmes.

Terminé le RnB.

Nous redevenons une femme froide, indépendante et administrative.

Du moins pendant exactement…11 minutes.

Parce qu’il ne répond pas.

Ni sur WhatsApp.

Ni sur l’autre numéro.

Ni en appel normal.

RIEN.

Je deviens folle.

Je m’endors énervée.

Je me réveille énervée.


Et à 7h du matin :

IL APPELLE ENFIN.

Voix grave.

Fatiguée.

Très sexy malheureusement.

Il me demande :

« Explique-moi ce qu’il s’est passé. »

Alors déjà : NON.

C’est justement TOI qui es censé m’expliquer pourquoi une femme est venue récupérer son appartement pendant que je pleurais sous la douche.

Mais bon.

Je lui raconte la scène.

Et là il me dit :

« Je vais appeler au Bénin. »

Mon cerveau bug immédiatement.

"Comment ça appeler au Bénin ? T’es pas rentré ? »

Et là, la phrase qui va détruire mon système nerveux :

« Non, je suis pas au Bénin. Je suis à Dubaï. »

NZAMBE NA NGAÏ

Pourquoi l’homme est-il soudainement passé de :

« gars sympa du quartier »
à :

« homme international mystérieux sous chaleur orientale » ???

Mon cœur fait littéralement :

📉
📈
📉
📈
📉

Puis il ajoute :

« Je rentre dans deux semaines."

Et là honnêtement ?

J’ai fait une descente d’organes.

DEUX SEMAINES ????

Mais en deux semaines :

  • Ghislaine peut tomber amoureuse,
  • guérir,
  • changer de pays,
  • se marier,
  • lancer une secte,

ou réserver un nouvel Airbnb pour disparaître stratégiquement.

Je panique tellement que je lui raccroche presque au nez.

L’homme voulait juste savoir :

  • si Odalie allait mieux,
  • si je dormais correctement.

si mes dents allaient mieux,

Mais moi je suis déjà en train de vivre intérieurement :

Titanic émotionnel tropical

Puis évidemment…

MONSIEUR SE MET À PANIQUER AUSSI.

Messages.

Vocaux.

Excuses.

il m'envoit:

“Tu es fâchée ?”

Il s’excuse encore et encore.

Et moi pendant ce temps ?

Je réalise surtout : qu’il va me manquer horriblement.

Humainement et .. sensoriellement.

Ce qui est très gênant quand on essaye justement de devenir une femme détachée et mystérieuse.

Puis arrive LE MOMENT.

Le vrai moment.

Après plusieurs échanges, je décide finalement de lancer ce qui me semble être :

un flirt subtil.

Enfin, subtil selon MES standards.

Je lui écris :

« Sinon j’aime beaucoup ta famille .. mais tu as bien compris pourquoi j’aime PARTICULIÈREMENT être avec toi ?

Pour moi : c’était clair.

Pour lui apparemment ?

Pas du tout.

Parce que cet homme va rester connecté.

Lire le message.

Réapparaître.

Disparaître.

Encore.

Et ne répondre…

QUE 24H PLUS TARD.

24 HEURES.

Pendant ce temps-là mon cerveau traverse :

  • l’humiliation,
  • le désir,
  • l’ego,
  • la paranoïa,
  • la théorie queer,
  • l’analyse astrologique,
  • et la création d’une playlist Airbnb intitulée :
    « Escape Kéanu. »

Je regarde même d’autres logements.

Parce qu’apparemment ma solution émotionnelle face au rejet est :

fuite géographique immédiate

Entre-temps ? le business continue.

Des clientes réservent.

Je vends des formations.

Je gagne de l’argent.

Ce qui prouve que même émotionnellement détruite,

une femme peut quand même facturer correctement.

Je vais ensuite m’acheter un burger pour me réconforter.

Le burger est mauvais.

Enfin pas mauvais...

Mais insuffisant.

Et quand tu traverses une crise sentimentale absurde,

un burger insuffisant devient une tragédie philosophique.

Puis COUPURE GÉNÉRALE DE L’ÉLECTRICITÉ !

CLIM MORTE. Pendant que je suais comme un porc.

Moustiques actifs.

Chaleur infernale.

[le Behind de scene du retour au pays dont personne ne parle]

Et moi dans le noir à imaginer :

  • Kéanu qui me rejette poliment,
  • Kéanu marié,
  • Kéanu gay,
  • Kéanu traumatisé,
  • Kéanu en train de rire avec ses amis de mes messages.

Le lendemain matin :toujours aucune réponse.

Je finis par archiver la conversation pour préserver ce qu’il reste de ma dignité féminine.


Puis finalement APRÈS 24H.

Le message arrive.

Et cet homme répond littéralement :

« Ah merci beaucoup c’est super gentil. Par rapport à ta question je sais pas trop parce que je t’aide et je ne te pose pas 1000 questions comme ma tante"

 Monsieur. J’étais en train de vous tendre émotionnellement une rose.

Pourquoi répondons-nous comme un agent de service client Airbnb ?

Là je me dis :

soit il se fout de ma gueule,

soit il est profondément débile émotionnellement.

Donc : je l’appelle.

Direct.

Et je lui demande :

« Explique-moi honnêtement… t’avais compris que je flirtai avec toi ou pas ? »

Silence.

Puis :

« AH

😮

c’était ÇA ? »

SEIGNEUR DÉBRANCHEZ-MOI.

Donc pendant des jours :

  • les regards,
  • les appels,
  • les sous-entendus,
  • les messages,
  • le besoin d’être seuls,

mon flirt nucléaire

cet homme pensait sincèrement que j’étais juste : amicale.

Puis soudain il m’annonce calmement :

« Mais tu sais… je suis en couple. »

Mon cerveau :

🙂
« inspiiiiiire…»

Puis :

« Depuis 11 ans. »

PARDON ?

L’homme a 28 ans.

ÇA VEUT DIRE QU’IL EST AVEC CETTE FEMME DEPUIS SES 17 ANS.

Donc pendant que moi :

  • je survivais à Paris,
  • faisais des crises existentielles,
  • devenais astrologue,
  • reconstruisais ma vie,
  • tombais amoureuse d’hommes indisponibles,

LUI était tranquillement dans le même couple stable depuis le lycée.

Et le pire ? Je le crois sincèrement fidèle.

Ce qui explique ABSOLUMENT TOUT.

Le gars n’était pas en train de jouer avec moi.

Il était juste :

heureux,

loyal,

socialement ouvert,

et émotionnellement plus lent qu’un téléchargement sous pluie tropicale.

Là je rajoute:

« Il fallait que je t’embrasse ou quoi pour que tu comprennes ? 

Et il m’assassine :

« Ah mais si tu m’avais embrassé là j’aurais compris »

Donc les regards ne suffisaient pas.

Les sous-entendus non plus.

Il fallait littéralement :

contact physique certifié conform

Eh Dieu,pourquoi tu ne m’aimes pas ?!

La conversation dure 12 minutes.

Mais honnêtement ?

J’avais déjà reçu toutes les informations nécessaires au bout de 3min.

Le reste c’est lui qui parle.

Encore.

Encore.

Encore.

"Ah tu sais ma relation est stable. Sexuellement tout va bien. Je ne pense meme pas à la tromper et tout.."

Pendant que moi intérieurement je suis juste :

« MAIS FERME TA GUEULE PUTAINJE SUIS EN TRAIN DE MOURIR»

Mais au téléphone moi: « 

🙂

Et malgré tout, Il continue à me rassurer.

« Ça change rien pour moi...tu peux toujours m’appeler. »

Sieur !!!!

Le problème n’est pas VOUS!

Le problème c’est que personnellement je ne peux pas devenir amie avec un homme que j’avais mentalement déjà commencé à embrasser sur un chameau dans le désert dubaïote.

Je suis pas maso moi..

Donc si je résume :

Pendant que moi je faisais :

  • suppression de messages,
  • crise existentielle,
  • playlist Airbnb “Escape Kéanu,”
  • analyses de temps de réponse,
  • fantasmes orientaux absurdes

je venais tout simplement de tomber sur le seul homme émotionnellement indisponible ET honnête du périmètre.

...

Franchement ?

Même Netflix n’aurait pas osé écrire un scénario aussi humiliant.

Et honnêtement ?

Après cette conversation, quelque chose s’est éteint en moi.

Pas l’amour hein.. n’exagerons rien.

Mais clairement : la libido logistique.

Parce qu’entre :

  • les couches de diarrhée
  • les antibiotiques,
  • les moustiques,
  • les coupures de courant,
  • les burgers décevants,
  • les appartements fantômes,
  • la machoire enflammée
  • les deuils sous la douche,
  • et un homme fidèle depuis l’adolescence incapable de reconnaître un flirt sans harcèlement sexuel  certifiée…

mon système nerveux a officiellement démissionné.

Là tout de suite ? Je n’ai plus la force de désirer qui que ce soit.

Même pas Régé jean( le duc de la saison 1 de Bridgerton) .

Et ça devient grave.

Donc bref. Fin du chapitre.

J’ai :

  • des masterclass à terminer,
  • des clientes à analyser,
  • des modules à enregistrer,
  • une enfant qui menace biologiquement chaque textile propre de ce logement,
  • et probablement une carence en magnésium.

Mon cœur quant à lui ?

Il va  prendre un congé administratif de 3 semaines.

Le temps de :

  • digérer,
  • respirer,
  • retrouver ma dignité,

et redevenir temporairement asexuelle.

Parce que franchement ?

L’amour c’est magnifique.

Une vénusienne de mon état?!

Je ne vous dirai JAMAIS le contraire. 

Mais là actuellement, j’aimerais surtout dormir 8h d’affilée et trouver un burger qui respecte enfin mes émotions.

Puis je pense lui envoyer ces chroniques dans 3 mois quand je pourrais enfin être « sa pote ».

Pour l’heure , opération date solo le week-End prochain.

Ghislaine.